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Cyberattaque / Howard Poston / 21 déc. 2023

Espionnage du WiFi : la surveillance non autorisée des réseaux

WiFi Snooping: Unauthorized Network Surveillance

Les réseaux sans fil offrent un moyen pratique d'accéder à Internet. Plutôt que de brancher un ordinateur ou un téléphone à un réseau physique, il suffit de saisir le SSID d'un réseau et, le cas échéant, son mot de passe, puis de se connecter par WiFi.

Cependant, si les réseaux sans fil sont pratiques, ils peuvent aussi être moins sécuritaires que les réseaux filaires. L'un des avantages d'Ethernet filaire est qu'un attaquant doit être physiquement raccordé au réseau pour en espionner le trafic.

Avec les réseaux WiFi, quiconque est connecté au réseau a la possibilité d'intercepter et de surveiller le trafic réseau des autres utilisateurs. Cela pose un risque potentiel pour la confidentialité et la sécurité numériques, particulièrement dans le cas des réseaux sans fil publics non sécurisés.

Cet article explore la menace de l'espionnage du WiFi. Il aborde la façon dont l'attaque est menée, ses risques potentiels et les bonnes pratiques pour s'en protéger.

Comprendre l'espionnage du WiFi

Les réseaux sans fil utilisent des signaux radio pour transporter les données plutôt que de les envoyer par câble. Un ordinateur connecté à un réseau sans fil diffuse son trafic, et le point d'accès (PA) sans fil à l'écoute de ce trafic le capte et l'achemine vers le prochain saut réseau (soit par signaux sans fil, soit par câble Ethernet). Les réponses sont diffusées par le point d'accès et reçues par l'ordinateur qui les attend.

Le problème de cette conception, c'est que n'importe qui peut capter les signaux sans fil transmis par un ordinateur et un point d'accès sans fil. Par défaut, les ordinateurs sont configurés pour n'écouter que le trafic sans fil qui leur est destiné. Ils y parviennent toutefois en captant chaque bit de trafic sans fil, en vérifiant s'il leur est adressé, puis en rejetant les paquets destinés à d'autres utilisateurs.

Un espion du WiFi reconfigure sa carte d'interface réseau (NIC) en mode promiscuité, ce qui signifie qu'elle capte tout le trafic du réseau, et non seulement les paquets qui lui sont destinés. Ensuite, au moyen d'un outil d'analyse de trafic réseau comme Wireshark, il peut capter à des fins d'analyse l'ensemble du trafic circulant sur le réseau sans fil.

Une protection contre l'espionnage du WiFi consiste à utiliser un réseau protégé par mot de passe, ce qui chiffre les données circulant sur le réseau. Cela n'offre toutefois une protection que si le réseau emploie un protocole sécuritaire (c'est-à-dire ni WEP ni WPA) et que l'attaquant ne connaît pas le mot de passe et ne peut ni le deviner ni le forcer par force brute. Bien que chaque utilisateur d'un réseau protégé par mot de passe possède sa propre clé de chiffrement, le seul secret servant à dériver cette clé est le mot de passe du réseau : quiconque observe la poignée de main initiale établissant la clé d'un utilisateur peut donc dériver cette clé et s'en servir pour déchiffrer son trafic.

Risques et conséquences

Espionner le trafic WiFi donne à un attaquant une visibilité sur l'activité de navigation Web d'un utilisateur et peut engendrer d'autres risques. Voici quelques-unes des conséquences possibles :

  • La divulgation de données sensibles : si le navigateur Web n'utilise pas un protocole sécurisé (comme HTTPS), le trafic réseau peut être lisible par un espion. Cela pourrait permettre à l'attaquant de dérober des renseignements sensibles comme des mots de passe, des données de carte de paiement ou d'autres renseignements permettant d'identifier une personne (RPIP).
  • L'analyse du trafic : même lorsque des protocoles réseau sécurisés sont utilisés, un attaquant peut parvenir à déduire certains renseignements sur la navigation Web de l'utilisateur en examinant les en-têtes de paquets non chiffrés et d'autres données non protégées du même type. Par exemple, le trafic DNS n'est pas chiffré par défaut, et une requête portant sur l'adresse IP associée à un site Web donné indique que l'utilisateur compte visiter ce site.
  • Les infections par maliciel : lorsqu'ils sont connectés à un réseau désigné comme réseau domestique ou privé, les ordinateurs peuvent appliquer une sécurité assouplie afin de permettre l'accès aux serveurs de fichiers, aux imprimantes, etc. Un attaquant présent sur le même réseau peut être en mesure d'exploiter cette sécurité affaiblie pour infecter un ordinateur avec un maliciel ou dérober des données sensibles.
  • La perturbation : un attaquant présent sur le même réseau WiFi que sa cible peut aussi agir pour perturber sa connexion. Par exemple, l'envoi de paquets de désauthentification à un ordinateur ou à un point d'accès sans fil peut provoquer la déconnexion de l'appareil du réseau.

Exemples récents d'espionnage du WiFi

Les attaques d'espionnage du WiFi peuvent être menées passivement, l'attaquant se contentant de capter les transmissions sans fil et d'espionner le trafic. Ces attaques sont en grande partie indétectables, puisqu'un capteur passif n'a aucune incidence sur le reste du réseau.

Cependant, un attaquant peut aussi jouer un rôle plus actif dans l'écoute du trafic d'un réseau sans fil. Par exemple, dans une attaque du jumeau maléfique, l'attaquant met en place un point d'accès pirate qui utilise le même SSID et le même mot de passe qu'un réseau légitime. Si des utilisateurs se connectent à ce point d'accès malveillant, l'attaquant peut observer leur trafic réseau.

Une attaque du jumeau maléfique notable a été menée par le GRU, un service de renseignement russe. Les attaquants garaient leur voiture près d'un immeuble qu'ils voulaient cibler et utilisaient une antenne directionnelle et un WiFi Pineapple pour envoyer un signal sans fil à l'intérieur du bâtiment. Lorsque des personnes se connectaient à leur réseau malveillant, les attaquants avaient la possibilité d'espionner leur trafic.

Cette attaque s'inscrivait dans une vaste opération de renseignement visant de nombreux pays différents. Les attaquants étaient connus pour opérer au Colorado, au Brésil, au Canada, à Monaco, aux Pays-Bas et en Suisse.

Cas d'usage de l'espionnage du WiFi

En théorie, une attaque d'espionnage du WiFi peut être menée contre n'importe quel réseau sans fil. Si le réseau n'est pas protégé par mot de passe ou si l'attaquant peut découvrir ou deviner le mot de passe, il peut capter et espionner le trafic réseau.

En pratique, toutefois, l'espionnage du WiFi est plus répandu sur les réseaux sans fil qui risquent davantage d'être accessibles à un attaquant ou qui valent l'effort d'une intrusion. Par exemple, les attaques d'espionnage du WiFi sont courantes dans les hôtels, les aéroports, les cafés et les autres lieux offrant un WiFi public. Cela dit, les cybercriminels peuvent aussi viser les réseaux sans fil d'entreprise en raison des données potentiellement précieuses qui y circulent.

L'objectif de l'espionnage du WiFi est de recueillir de l'information. Voici quelques cas d'usage possibles de ces attaques :

  • L'espionnage industriel : les attaques d'espionnage du WiFi servent couramment à dérober de la propriété intellectuelle ou d'autres données d'entreprise. Les cybercriminels peuvent se connecter à des réseaux d'entreprise ou cibler des dirigeants en déplacement, en tentant de capter des renseignements sensibles sur les réseaux WiFi d'aéroports ou d'hôtels.
  • Le vol d'identifiants : certains protocoles réseau, comme Telnet et FTP, transmettent les informations de connexion en clair. Lorsque ces protocoles non sécurisés sont utilisés, un attaquant qui écoute un réseau sans fil peut recueillir des identifiants de connexion et s'en servir pour prendre le contrôle des comptes d'utilisateurs.
  • Le vol d'identité et la fraude financière : les identifiants ne sont pas les seuls types de données sensibles susceptibles de circuler sans chiffrement sur les réseaux sans fil. Un attaquant peut réussir à accéder à des renseignements permettant d'identifier une personne (RPIP) ou à des données financières pouvant servir au vol d'identité ou à la fraude financière.
  • La reconnaissance réseau : en surveillant le trafic réseau, un attaquant peut cartographier les différents ordinateurs qui communiquent ainsi que les protocoles et les logiciels utilisés. Cela peut l'aider à repérer des vulnérabilités potentiellement exploitables sans révéler sa présence sur le réseau.

Se protéger contre l'espionnage du WiFi

L'espionnage du WiFi peut représenter une menace importante pour la confidentialité et la sécurité des données. Il existe toutefois de nombreuses façons de s'en protéger, notamment :

  • Un WiFi protégé par mot de passe : même si un espion peut encore lire le trafic circulant sur un réseau chiffré, il lui faut connaître le mot de passe pour y arriver. Choisir un mot de passe WiFi robuste complique la tâche d'un attaquant qui voudrait se connecter à un réseau sans fil et en capter le trafic.
  • Des protocoles WiFi robustes : les protocoles WiFi désuets comme WEP et WPA comportent des vulnérabilités exploitables. Assurez-vous que les réseaux sans fil sont protégés par des protocoles sécuritaires comme WPA2 ou WPA3.
  • Utiliser HTTPS : avec HTTPS, le trafic réseau est chiffré par TLS et ne dépend pas du chiffrement du réseau WiFi ni d'un autre support. Recourir à HTTPS lors de la navigation Web limite les répercussions possibles des attaques d'espionnage du WiFi.
  • Utiliser un VPN : un réseau privé virtuel (VPN) est un autre moyen de chiffrer le trafic circulant sur les réseaux sans fil. Un VPN chiffre le trafic qui transite entre l'ordinateur de l'utilisateur et le point terminal du VPN, le protégeant ainsi de l'écoute clandestine.
  • Les paramètres de réseau public : lorsqu'un ordinateur est connecté à un réseau désigné comme réseau domestique ou privé, il dispose de moins de défenses que si ce réseau était désigné comme public. Veillez à classer comme publics tous les réseaux non fiables si votre ordinateur vous pose la question.
  • La gestion des correctifs : un attaquant présent sur le même réseau WiFi bénéficie d'un accès supplémentaire dont il peut se servir pour exploiter d'éventuelles vulnérabilités d'un ordinateur. Appliquez rapidement les mises à jour et les correctifs pour protéger les ordinateurs contre les attaques.

Considérations juridiques et éthiques

Les attaques d'espionnage du WiFi tirent parti de fonctionnalités légitimes et des caractéristiques des réseaux sans fil. Par exemple, un ordinateur connecté à un réseau sans fil reçoit aussi le trafic des autres appareils connectés : capter ce trafic est donc inévitable. Bien qu'un ordinateur rejette habituellement le trafic qui ne lui est pas destiné, choisir d'observer l'ensemble du trafic sur un réseau personnel ou appartenant à l'entreprise est légal et éthique lorsque cela est fait à des fins de surveillance et de dépannage du réseau.

Cependant, les problèmes juridiques et éthiques liés à l'espionnage du WiFi surgissent lorsqu'il est pratiqué sur le réseau d'autrui ou avec une intention malveillante. L'espionnage du WiFi sans le consentement du propriétaire du réseau peut être qualifié d'accès non autorisé ou d'usage abusif de systèmes informatiques, ce qui est illégal dans certaines juridictions.

Le recours à l'espionnage du WiFi pour recueillir des renseignements sensibles constitue également une menace pour la vie privée et la sécurité, et contrevient à diverses lois sur la protection des données. Par exemple, certaines données contenues dans le trafic sans fil peuvent être considérées comme des RPIP, et la collecte et le traitement de ces données sans le consentement de la personne concernée peuvent enfreindre les lois sur la protection des données.

De façon générale, l'expression « espionnage du WiFi » désigne une surveillance du réseau menée sans autorisation et à des fins potentiellement malveillantes. Si une activité ne peut pas être considérée comme de la surveillance réseau légitime, elle est vraisemblablement contraire à l'éthique et possiblement illégale.

Conclusion

Les attaques d'espionnage du WiFi tirent parti du fait que les réseaux sans fil offrent généralement moins de sécurité que leurs équivalents filaires. Quiconque se trouve à portée des signaux radio du réseau peut intercepter des paquets, et quiconque connaît le mot de passe du réseau — s'il y en a un — peut déchiffrer le trafic de tous les autres utilisateurs.

En espionnant le trafic WiFi, un attaquant peut recueillir divers types de renseignements sensibles. Si des protocoles non sécurisés sont utilisés, l'espion peut réussir à dérober des identifiants de connexion ou d'autres données sensibles transmises en clair. Même lorsque le trafic emploie HTTPS et d'autres protocoles chiffrés, un attaquant peut parvenir à glaner des renseignements utiles à partir de métadonnées non chiffrées.

En définitive, la meilleure façon de se protéger contre les attaques d'espionnage du WiFi est de traiter tous les réseaux sans fil comme potentiellement non sécurisés. Utiliser HTTPS et un VPN peut également être utile, puisque ces moyens chiffrent le trafic et préviennent l'écoute clandestine.

Les organisations peuvent aussi prendre des mesures pour atténuer les conséquences possibles d'une attaque d'espionnage du WiFi. Par exemple, la menace du vol d'identifiants peut être contrée en adoptant un système d'authentification sans mot de passe.

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Howard Poston



Howard Poston est rédacteur publicitaire, auteur et concepteur de cours, avec une expérience en cybersécurité et en sécurité des chaînes de blocs, en cryptographie et en analyse de maliciels. Il détient une maîtrise en cyberopérations, cumule une décennie d'expérience en cybersécurité et plus de cinq ans d'expérience comme consultant indépendant.