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Cyberattaque / Howard Poston / 13 nov. 2023

Les logiciels publicitaires : publicités malveillantes et moyens de prévention

Adware: Malicious Ads and Prevention Methods

Un logiciel publicitaire, ou adware, est un logiciel conçu pour afficher des publicités aux utilisateurs. Si ces publicités peuvent servir à générer des revenus pour un développeur, le terme désigne fréquemment un type de maliciel qui enrichit un attaquant ou installe un maliciel sur la machine de l'utilisateur.

Cet article explore la face sombre des logiciels publicitaires et la menace qu'ils représentent dans l'univers numérique : leur fonctionnement, les grandes campagnes recensées et les pratiques exemplaires pour s'en protéger.

Qu'est-ce qu'un logiciel publicitaire malveillant ?

Un logiciel publicitaire est généralement un logiciel financé par la publicité et déployé pour générer des revenus, mais ce n'est pas toujours le cas. Le logiciel publicitaire malveillant peut aussi être déployé comme un maliciel qui impose des publicités indésirables à l'utilisateur, souvent sous forme de fenêtres contextuelles ou de bannières en haut des pages Web. Il peut également être intégré à des applications mobiles et afficher des publicités dans des jeux, des applications de productivité et d'autres outils du genre.

Le logiciel publicitaire malveillant peut servir à plusieurs fins. L'une d'elles consiste à livrer un maliciel à l'appareil de l'utilisateur. Par exemple, si celui-ci clique sur une publicité malveillante, il peut être dirigé vers un site Web proposant un maliciel en téléchargement. La publicité peut aussi mener à un maliciel qui exploite des vulnérabilités du navigateur pour s'installer sur l'appareil

L'autre grand objectif d'un logiciel publicitaire malveillant est de rapporter de l'argent à l'attaquant. Traditionnellement, les plateformes publicitaires tirent leurs revenus du nombre d'affichages et de clics obtenus. Plus il y a d'affichages, plus les ventes potentielles du marchand augmentent, et plus celui-ci verse d'argent à la plateforme.

Le logiciel publicitaire malveillant détourne ce modèle en servant aux utilisateurs des publicités indésirables en dehors des circuits publicitaires acceptés. Les publicités affichées dans des fenêtres contextuelles sont généralement perçues comme une nuisance et fermées aussitôt, sans aucun bénéfice pour le marchand. Le logiciel peut aussi recourir à des méthodes malhonnêtes pour générer des clics, par exemple en utilisant des robots automatisés pour « voir » les publicités et cliquer dessus, ou en piégeant les utilisateurs pour qu'ils cliquent.

Que peut faire un logiciel publicitaire malveillant ?

Le logiciel publicitaire tire son nom de sa capacité à diffuser des publicités indésirables. Si cela relève surtout de la nuisance pour l'utilisateur, il peut manifestement remplir diverses fonctions malveillantes :

  • Collecte de données : les plateformes publicitaires traditionnelles — les médias sociaux, par exemple — sont réputées pour surveiller leurs utilisateurs et recueillir des données à leur sujet afin de cibler la publicité. Un logiciel publicitaire peut faire de même : suivre les habitudes de navigation et revendre ces renseignements à des tiers.
  • Détournement du navigateur : le logiciel publicitaire est présent dans le navigateur de l'utilisateur et peut en modifier les paramètres. Cela lui permet de rediriger la navigation vers des sites d'hameçonnage qui diffusent des maliciels, ou de servir d'autres publicités indésirables ou malveillantes.
  • Exploitation de vulnérabilités : même si le logiciel publicitaire s'exécute habituellement dans le navigateur, il peut exploiter des failles pour accéder à l'ensemble du système. S'il y parvient, il obtient l'accès à d'autres données sensibles et peut télécharger et installer d'autres types de maliciels sur l'appareil de l'utilisateur.
  • Fraude au clic : bien que le logiciel publicitaire vise d'abord à afficher des publicités indésirables, il peut aussi tromper le système en générant de faux clics au moyen de robots automatisés. Cela soutire de l'argent aux annonceurs — qui ne retirent aucun bénéfice de leurs publicités — et peut aussi nuire aux marchands qui font la promotion de leurs produits.

Les formes que prennent les logiciels publicitaires

Le logiciel publicitaire peut aussi être classé parmi les programmes potentiellement indésirables (PPI), ce qui traduit le fait qu'il tient généralement davantage de la nuisance que de la menace. Il peut donc s'installer sur un ordinateur par des voies qui débordent les vecteurs d'infection habituels des maliciels, comme l'hameçonnage ou l'exploitation de vulnérabilités.

Voici quelques-unes des façons dont un logiciel publicitaire s'introduit dans le système d'un utilisateur :

  • Extensions de navigateur : les extensions sont des programmes qui s'exécutent dans un navigateur et lui ajoutent des fonctionnalités. Si certaines sont inoffensives, voire utiles, les extensions douteuses constituent un moyen courant pour un logiciel publicitaire d'accéder à l'appareil d'un utilisateur et d'obtenir les autorisations nécessaires pour diffuser des publicités et recueillir des données sensibles.
  • Regroupement avec des gratuiciels : les gratuiciels sont souvent accompagnés de programmes potentiellement indésirables. Un logiciel publicitaire peut se glisser dans ces ensembles et prendre pied sur l'appareil en se faisant passer pour un programme ou une extension inoffensive.
  • Logiciels publicitaires dans les applications mobiles : les appareils mobiles ne sont pas à l'abri. Certains cybercriminels intègrent des logiciels publicitaires à des jeux, à des outils de productivité et à d'autres applications mobiles répandues pour installer cette fonctionnalité sur les appareils des utilisateurs.

De façon générale, le logiciel publicitaire malveillant mise sur la ruse et la tromperie pour accéder aux appareils. Une tactique courante est le cheval de Troie : un téléchargement conçu pour paraître attrayant, mais qui dissimule des fonctions malveillantes.

Dans ces cas, si une offre semble trop belle pour être vraie, elle l'est probablement. Un logiciel gratuit doit bien se financer d'une manière ou d'une autre, et la publicité malveillante en est une.

Exemples récents et statistiques

De façon générale, le logiciel publicitaire relève davantage du désagrément et de la nuisance que d'une menace du calibre des rançongiciels ou des voleurs d'information. Il peut néanmoins représenter un risque important et causer des inconvénients à l'échelle mondiale.

L'une des campagnes de logiciels publicitaires malveillants les plus marquantes est celle du maliciel Fireball, apparu en 2017. Distribué en accompagnement de logiciels légitimes, il s'introduisait par la ruse sur les appareils des utilisateurs. Une fois en place, il procédait à une collecte massive de données et diffusait des publicités ciblées en détournant les navigateurs, en modifiant leurs paramètres et en redirigeant les résultats de recherche vers des pages d'hameçonnage.

Depuis, les logiciels publicitaires visent de plus en plus les appareils mobiles. Les gens passent de plus en plus de temps sur leur téléphone, et il est souvent plus difficile de détecter ou de supprimer un logiciel publicitaire intégré à une application qu'un maliciel logé dans un navigateur.

En juin 2022, Bitdefender a signalé une campagne de logiciels publicitaires à grande échelle visant les appareils Android. Quelque 60 000 applications malveillantes ont amené des utilisateurs à installer des logiciels publicitaires présentés comme des versions modifiées d'applications légitimes aux fonctions déverrouillées.

Ces campagnes visaient à servir des publicités indésirables aux utilisateurs. Cependant, les accès et les autorisations ainsi obtenus pouvaient également servir à voler des données sensibles ou à déployer d'autres formes de maliciels, comme des rançongiciels, sur les appareils infectés.

Méthodes de prévention

On voit souvent le logiciel publicitaire comme une nuisance plutôt que comme une véritable menace : les fenêtres contextuelles se ferment et les bannières s'ignorent.

Or, il peut aussi remplir des fonctions malveillantes, voler des données ou diriger les utilisateurs vers des pages d'hameçonnage. Voici quelques pratiques exemplaires pour prévenir les infections :

  • Sensibilisation et formation des utilisateurs : le logiciel publicitaire s'introduit habituellement sur un appareil par la ruse ou en accompagnant un gratuiciel. Apprendre aux utilisateurs à reconnaître ce type de maliciel et à se méfier des offres trop belles pour être vraies les protège de ces infections. Par exemple, une version gratuite d'un logiciel payant est presque toujours malveillante.
  • Antivirus et antimaliciel : le logiciel publicitaire n'est qu'un type de maliciel parmi d'autres, et les antivirus et antimaliciels aident à détecter, à mettre en quarantaine et à éliminer ces infections. Certains antimaliciels surveillent aussi l'activité du navigateur pour repérer les tentatives de redirection et les autres fonctions malveillantes. Installez un antivirus sur tous les appareils — y compris mobiles — et gardez-le à jour.
  • Paramètres de sécurité du navigateur : de nombreux navigateurs intègrent des réglages permettant de bloquer les fenêtres contextuelles et d'autres fonctions agaçantes ou malveillantes. Dans Firefox, par exemple, on bloque les fenêtres contextuelles sous l'onglet Vie privée et sécurité de la fenêtre des paramètres. Il est aussi possible d'activer des réglages de sécurité plus stricts, qui protègent contre un plus grand nombre de menaces, mais qui risquent de nuire au fonctionnement de certaines pages Web.
  • Mises à jour logicielles régulières : un logiciel publicitaire malveillant peut exploiter des vulnérabilités du navigateur pour accéder à l'ensemble du système. Appliquer les mises à jour et les correctifs dès leur parution réduit le risque qu'un maliciel puisse exploiter ces failles.
  • Gestion des appareils mobiles (MDM) : les logiciels publicitaires sont de plus en plus répandus sur les appareils mobiles, où la publicité peut être intégrée à une application. Les solutions de MDM permettent à une organisation de gérer les applications installables sur les appareils mobiles de l'entreprise et, ainsi, d'empêcher les utilisateurs d'installer des applications susceptibles de contenir un logiciel publicitaire ou d'autres fonctions indésirables.
  • Bloqueurs de publicités et extensions de confidentialité : si certaines extensions de navigateur sont malveillantes, d'autres visent à protéger les utilisateurs et leurs ordinateurs contre les logiciels publicitaires et les maliciels apparentés. Les bloqueurs de publicités — comme AdBlocker Ultimate — et les extensions de confidentialité — comme Privacy Badger — peuvent bloquer les fenêtres contextuelles, les traceurs et les autres scripts malveillants qui s'exécutent dans le navigateur.

Conclusion

Le logiciel publicitaire n'est pas toujours ce qu'il paraît. La plupart du temps, il s'agit simplement d'une façon agaçante pour les entreprises de nous présenter leurs annonces; il a toutefois une autre facette. Il peut être utilisé comme un maliciel axé sur la publicité malveillante. En affichant des annonces indésirables, un logiciel publicitaire malveillant génère des revenus et peut installer d'autres maliciels sur l'appareil de l'utilisateur. Insidieux, il infecte souvent les appareils par la ruse, en se faisant passer pour un logiciel légitime ou en s'installant au sein d'un ensemble de programmes. Ce type de logiciel publicitaire est généralement conçu pour dérober des données personnelles et sensibles. Voilà pourquoi il importe de connaître ses aspects malveillants et d'adopter des habitudes de navigation sécuritaires. Par exemple, toujours vérifier en ligne et lire les avis avant de télécharger et d'installer un logiciel « gratuit » est un moyen simple d'éviter qu'un maliciel n'infecte votre système.

Il est également sage de prendre des mesures pour vous protéger, vous et votre ordinateur, contre les logiciels publicitaires et les maliciels semblables. Installer un antivirus et garder vos programmes à jour contribue à réduire la menace.

Howard Poston



Howard Poston est rédacteur, auteur et concepteur de cours, fort d'une expérience en cybersécurité, en sécurité des chaînes de blocs, en cryptographie et en analyse de maliciels. Titulaire d'une maîtrise en cyberopérations, il compte une décennie d'expérience en cybersécurité et plus de cinq ans comme consultant indépendant.